Aux toilettes…et après ?

Le projet « Aux toilettes… et après ? » s’inscrit dans le champ de l’anthropologie environnementale. Il s’agit de s’intéresser à l’émergence de modes d’assainissement écologiques en contexte urbain, en s’interrogeant sur les transformations de l’expérience quotidienne de différents types d’acteurs : d’une part, les citadins dont les urines et matières fécales en viennent à être considérées comme une ressource ; et d’autre part, les acteurs de la filière qui prend aujourd’hui en charge les équipements et services liées au fait de faire ses besoins : de la conception et de l’entretien des toilettes jusqu’au traitement des efflux. Du petit coin au Grand Paris, ce travail vise à articuler les différentes échelles concernées par cette activité prosaïque qui remet en circulation les nutriments ingérés par les citadins lors de leurs repas.

De manière à s’appuyer sur les expériences déjà menées, qu’elles soient contemporaines, ou historiques, cet axe de travail se penche également sur : (1) les usages des toilettes conçues comme plus écologiques que les toilettes conventionnelles à chasse d’eau, dans une diversité de contextes (milieu rural, contexte événementiel, espaces naturels protégés…). (2) les exemples historiques d’utilisation comme ressource des urines et matières fécales humaines.

Enfin, ce travail s’ouvre à une approche de « recherche-création » via différentes expérimentations textuelles et visuelles. Il s’agit par là de donner d’explorer de manière sensible le métabolisme organique urbain.

Pilotage : Marine Legrand.

Calendrier : 2018- 2020

Financement : Agence de l’Eau Seine Normandie / Ecole des Ponts ParisTech

 

Appels à témoignage

n°1 : Comment faisait-on chez vos grands parents ?

n°2 : Vous-vous y voyez déjà ? Imaginer l’assainissement soutenable de demain

n°3 : Avez-vous déjà fait pipi dans votre arrosoir ?

Publications

 

Legrand, M. & Meulemans, G. 2020. « Sanitation as a socio-microbiological assemblage: How the Olympic games brought back the threat of fecal peril in Paris ». In Sariola, S., Rest M. & Brives C. (ed.) With the microbes. [sous presse].

 

Legrand, M. 2020. « Pipi » et « caca », nouvelles stars :  réappropriation ou marchandisation ?  Rich Earth Institute summit.

Le développement de l’assainissement écologique au XXIème siècle s’accompagne d’une modification progressive des imaginaires associés aux excrétats humains. A mesure qu’une diversité d’acteurs (re)met en avant le rôle des urines et matières fécales comme source de fertilité, des représentations nouvelles émergent : mots d’ordres, slogans, gimmicks, icônes… Les motivations qui sous-tendent la diffusion de ces images, de ces langages, sont pourtant diverses : entre soin de l’environnement, quête d’autonomie, mais aussi, mise en marché d’une nouvelle ressource, elle véhiculent des messages contradictoires, entre réappropriation de nos fluides corporels et transformation de ces nouvelles ressources humaines en marchandises.

Legrand, M. & Raguet L., 2020. Métabolisme urbain et corporéités : la miction féminine en perspectives. ENSAB Rennes. Journée d’études – Design & Sécrétions, vers de nouveaux rituels (Vidéo).

Cette présentation explore la miction féminine en revenant sur une collaboration au croisement de nos approches issues du design et de l’anthropologie environnementale. La miction désigne le fait d’uriner, de libérer de soi ce fluide corporel particulier, qui apparait au premier regard comme un simple déchet du corps… Ce geste anodin est répété cinq à six fois par jour par chaque habitant.e d’un territoire. Dans un contexte urbain dense, sa mise en commun crée un flux massif d’eau, de sels minéraux, mais aussi d’autres molécules (hormones, naturelles et synthétiques, pesticides, paracétamol métabolisé…).

Notre collaboration est à mettre en relation avec l’ouverture pluridisciplinaire d’un programme de recherche* qui porte depuis 2014 le projet de collecter l’urine des villes pour la valoriser comme fertilisant agricole, participant ainsi à la transition écologique de l’assainissement. Notre point de départ est ici de considérer que l’assouvissement de ce besoin naturel, faire pipi, est une activité éminemment sociale dans la mesure où différentes techniques du corps, infrastructures, normes sociales s’y trouvent impliquées. Or, ces dernières ont en commun de participer à produire des distinctions hiérarchisées entre fluides corporels masculins et féminins. En explorant la miction féminine dans ses dimensions tant matérielles que symboliques, en produisant de nouveaux outils, signes et situations dédiés à la miction féminine, nous nous sommes attachées à identifier et déconstruire cette infériorisation.

Legrand M.  2020 Digestions fertiles ? Le retour au sol des excréments humains. Revue d’Anthropologie des connaissances [sous presse]

Après un siècle d’éclipse, les excréments humains font l’objet d’une attention nouvelle en Europe depuis quelques décennies (Otterpohl et al, 1997 ; Drangert, 1998 ; Larsen et al., 2013). On envisage en effet à nouveau et de façon croissante leur retour au sol, comme déchets pouvant faire l’objet d’une valorisation en tant que ressources pour l’agriculture. Un débat entoure aujourd’hui ces pratiques de valorisation des urines et matières fécales, quant au statut et au devenir des produits obtenus, à la logique de fond qui préside à cette réutilisation, ainsi qu’aux risques associés. Cet article propose une analyse des discussions en cours à partir d’une enquête ethnographique menée en France, auprès d’une série d’acteurs appartenant à différentes communautés de pratiques liées au recyclage des excréments, au sein du secteur académique, de celui de l’assainissement et de la profession agricole. En suivant les lignes de partage qui structurent ce champ en émergence, nous explorerons savoirs et imaginaires contemporains associés à la fertilité. Nous nous demanderons comment s’y redessinent les relations entre corps humains et sols cultivés, telles qu’elles se déploient en lien avec ces transformations agronomiques d’un genre particulier.

Bourcier, S. 2019. Le « pipi sauvage » en ville ou l’insoutenable fluidité des êtres. Analyse ethnographique d’une pratique citadine et des conditions de sa régulation dans l’espace public parisien. Mémoire de Master2 EHESS Marseille. Résumé.

Ce mémoire propose analyse ethnographique du « pipi sauvage » comme pratique citadine, et des conditions de sa régulation dans l’espace public parisien. Cette enquête replace la pratique dans la construction historique d’une « civilisation des mœurs » urbaines. Cet établissement de normes autour de la bonne manière de faire ses besoins, n’empêche pas qu’aujourd’hui, dans certaines circonstances, il devienne possible voire nécessaire à certain.e.s de s’épancher en dehors des dispositifs  prévus à cet effet. L’enquête aborde les temps et lieux de la pratique ainsi que les méthodes de lutte mises en place par les riverains et les pouvoirs publics. A retenir : l’intérêt d’aborder cette question sous l’angle du corps et du genre, pour améliorer notamment l’accès des femmes à l’espace public.

 

Legrand, M. 2019. Les Français sont-ils fécophobes ? Faire ses besoins, une question culturelle. Colloque de l’ASTEE.

Aller aux toilettes est une activité quotidienne à laquelle on prête peu d’attention. Néanmoins, l’affaire devient cruciale, à l’heure de la transition écologique des systèmes alimentation/excrétion urbains. Dans ce contexte, la question de « faire ses besoins », fondamentalement culturelle, mérite un nouvel examen.

 

Legrand, M. 2019.  En Terre Ventre. Une approche organique de la métropolisation. Ecozon@ 10(2) In(ter)ventions écologiques dans le monde francophone.

Prenant la forme d’une navigation en dérive au travers de la métropole parisienne, ce texte propose un essai à propos des linéaments qui se tissent entre le ventre humain et la terre, en contexte urbain. Il s’intéresse à la circulation, au sein de ce territoire, de certaines des matières qui le façonnent : des transports en commun dans les sous-sols, à l’excavation des sols et des roches, en passant par l’assimilation des nutriments au sein des corps des citadins. La terre est ici considérée du sol sous nos pieds à la planète elle-même, comme entité multiple, qui à la fois dévore, avale, et se voit digérée par la métropole qui s’étend en surface. Dans le même temps et comme en miroir, cette proposition revient également à explorer ce que le ventre humain, lieu et milieu, cache et passe sous silence, et ce qu’il recèle aussi, en puissance. Les personnages convoqués, tour à tour contenus et contenants, déplacent ainsi la lecture d’une échelle à l’autre, de la plus petite cellule du corps d’un organisme singulier jusqu’à la substance de la région entière.

Cette proposition fait partie d’une série d’expérimentations textuelles qui s’appuient sur une approche poétique pour aborder la complexité des phénomènes écologiques et des imaginaires qui leur sont associés. En laissant une place au chaos, l’objectif est de les présenter tels qu’ils traversent les contrées humaines, intimes, en glissant d’une dimension à l’autre, du grand au petit, du symbolique au matériel, du scientifique au sensible. Tourné vers les fonctions alimentaires et digestives, cet essai vise à explorer le dialogue qui s’installe entre la terre et le ventre humain de façon à nous permettre de puiser dans les racines de la figure de la Terre-mère pour la réactualiser sans en revenir à une féminité essentialisée. In fine il s’agit de pouvoir aborder les questions environnementales contemporaines via une approche renouvelée du corps considéré comme une matrice relationnelle.