Thèse / Florent Brun

 Titre : Vers un changement d’échelle de la séparation à la source des excrétats humains? Analyse des conditions d’utilisation du lisain en agriculture et de diffusion de la pratique.

Calendrier : 2022-2025

Sous la direction de : Bernard de Gouvello, Marine Legrand, Fabien Esculier.

Axe : Démonstrateurs

A lire :

Manuscrit de thèse : Brun, F. 2025. Vers un changement d’échelle de la séparation à la source des excrétats humains? Analyse des conditions d’utilisation du lisain en agriculture et de diffusion de la pratique. Thèse en sciences et Techniques de l’Environnement, ENPC – IP Paris.

Résumé:

Cette thèse s’intéresse aux conditions d’un possible changement d’échelle de la séparation à la source des excrétats humains en France.

La séparation à la source est en (ré)émergence. Elle répond à de nombreux enjeux dont ceux d’alléger les impacts négatifs (environnementaux, sanitaires, sociaux, économiques, géopolitiques…) associés à la gestion mutualisée des excrétats humains avec les eaux usées urbaines et à la production de fertilisants de synthèse. Une voie prometteuse consiste à développer des modes de gestion dédiés pour les urines. En effet, il est intéressant d’utiliser en agriculture les nutriments qu’elles contiennent via la production de matières fertilisantes spécifiques nommées urinofertilisants. De telles pratiques existent déjà et atteignent dans les années 2020-2025 un niveau de déploiement qui invite à s’interroger sur les modalités de passage à une plus grande échelle. Par une approche interdisciplinaire, les travaux menés sont rattachés aux sciences de l’environnement et mobilisent des cadres liés à l’agroécologie et à la sociologie de l’innovation. Ils se focalisent d’abord sur les aspects pratiques, organisationnels et démonstratifs de l’utilisation agricole de l’urinofertilisant le plus simple, le lisain (urine humaine hygiénisée selon les recommandations de l’OMS de 2012). En considérant divers facteurs du paysage sociotechnique et des territoires dans lesquels elles s’insèrent, des filières de gestion du lisain en fonctionnement sont analysées grâce à des enquêtes auprès d’acteurs de terrain.

Trois dispositifs de collecte de données sont mobilisés dans différents territoires en France et notamment sur la métropole de Lyon. Le dispositif principal est le démonstrateur d’utilisation agricole de lisain du projet Kolos. Ce démonstrateur est construit dans le cadre de la thèse en lien avec des acteurs opérationnels sur le bassin lyonnais. Il est autant un outil de collecte de données pour porter l’analyse et produire des connaissances, qu’un outil opérationnel de démonstration pour embarquer localement des acteurs du territoire mais aussi perdurer dans le temps et favoriser l’essaimage sur d’autres territoires.

L’analyse réalisée conduit à classer les pratiques en cours suivant quatre modes de gestion : individuel, de proximité, artisanal et industriel. Ce classement permet d’envisager les conditions d’organisation de filières dans une perspective de changement d’échelle. L’essaimage de filières artisanales singulières, qui tiennent compte des spécificités du territoire dans lequel elles se déploient, apparaît être le plus prometteur sur les plans environnementaux et sociaux. Ainsi, dans une perspective de montée en généralité sur le changement d’échelle de la séparation à la source, cette thèse s’attache enfin à décrire des éléments de conception du mode de gestion artisanal à travers l’animation de filière, l’organisation de la gestion logistique des flux et la mise en place d’actions de démonstration.

Mots clefs : Séparation à la source, urine, fertilisation, démonstrateur, transition sociotechnique,
agroécologie

(Ce travail a été mené dans un contexte de recherche-action en lien avec la mise en place d’une filière sur un territoire péri-urbain (Projet Kolos)).