• Infocapi 21 : Dans le même bateau

EDITO 

Ces derniers mois, la question de la fertilisation des terres agricoles a été largement évoquée dans les médias, y compris lorsqu’il s’agit de revoir plus globalement les systèmes alimentation-excrétion. La fragilité du circuit mondialisé de distribution des engrais azotés pétrochimiques a été mise en lumière de façon plus aiguë que jamais par le blocage du détroit d’Ormuz. Par ailleurs, les taux élevés de contamination au cadmium de certaines denrées alimentaires ont été mis en relation avec l’utilisation des engrais phosphatés miniers, qui bénéficient en France de seuils de tolérance plus élevés qu’ailleurs en Europe. Enfin, la présence de PFAS dans des intrants agricoles (produits phytosanitaires, boues industrielles et urbaines…) interroge leur devenir en agriculture, mais aussi, les impacts sur les ressources en eau potable, du fait de la contamination de certaines nappes.

Ces actualités tissent une histoire commune, où se logent de nombreux drames humains et environnementaux. Elles soulèvent le voile sur une situation déjà bien connue, qui se tend progressivement jusqu’à devenir intenable, en premier lieu pour les plus précaires d’entre nous. Elles posent la question des choix collectifs en matière de fertilisation, de gestion de l’eau, d’assainissement.

Ce contexte d’instabilité géopolitique et de contaminations plurielles offre de façon tristement ironique une fenêtre d’opportunité pour promouvoir la valorisation agricole des ressources issues des excrétats humains. Ces derniers ont en effet été pointés comme stratégiques pour la souveraineté alimentaire par le Secrétariat Général à la Planification Écologique en 2024 (1) et par FranceAgriMer en 2025 (2).

Néanmoins, prendre conscience de l’existence de ces ressources ne suffit pas à s’investir pour recomposer collectivement un nouveau métabolisme territorial, tant les verrous sont forts et ancrés. Cette recomposition est un travail de longue haleine, qui nécessite forcément de l’audace et une vision encourageante de l’avenir. Après tout, qu’avons-nous à perdre à opérer une telle bascule ? Pour alimenter cette réflexion, nous vous proposons ici un regard sur le terme de soulagement. Ce mot parle de « se défaire » de quelque chose, et « se soulager » est un euphémisme pour dire déféquer, ou excréter. Mais le soulagement, c’est aussi retrouver une tranquillité perdue, se libérer de ses encombrantes inquiétudes. Ce verbe évoque finalement l’idée de chercher une forme de paix, et ce, en partant du ventre et des fonctions corporelles de base… Autrement dit, pourrions-nous trouver un nouvel élan pour l’avenir, dans la plus élémentaire et quotidienne des activités physiologiques humaines ?

Cette Infocapi compile un ensemble d’actualités qui offrent des pistes d’actions pour œuvrer à différentes échelles, comme nous avions pu l’aborder avec divers acteurs lors du colloque des 10 ans d’OCAPI il y a quelques mois. L’appel à action que nous avions publié à cette occasion reste plus d’actualité que jamais.

Le 1er avril, paraissait l’ouvrage Une autre histoire des excréments de Fabien Esculier chez Actes Sud. La sortie de cet ouvrage a été largement reprise dans les médias. Elle coïncide avec le vingtième anniversaire du Réseau de l’Assainissement Ecologique, célébré début mai à Ramonville près de Toulouse. Du côté des recherches en cours, notons la fin du projet KOLOS, sur le développement de filières de valorisation agricole du lisain, qui s’accompagne de plusieurs publications destinées aux acteurs de terrain. D’autres projets se continuent et commencent, qui incluent à différents degrés l’implication de collectivités locales : REV:EU poursuit l’étude des trajectoires d’innovation autour de la séparation à la source au niveau national et européen avec la Suède et la Norvège. ENVILLE ENSEMBLE prolonge le développement de filières citoyennes de collecte en contexte urbain, sur le territoire de la régie publique de l’eau et de l’assainissement d’Est Ensemble. Et PLUVALUH soutient le développement de démonstrateurs agricoles de valorisation de l’urine en Ile-de-France, en Pays de la Loire et en Auvergne-Rhône-Alpes..

Nous vous souhaitons une lecture fertile et source d’inspiration pour contribuer à changer de cap !

Pour le programme OCAPI, Marine Legrand et Florent Brun

 

(1) SGPE, 2024. Agriculture : synthèse de la mise en œuvre du plan

(2) FranceAgriMer, 2025. Ressources en biomasse : quel potentiel de substitution des engrais de synthèse ?

 

Lire la suite de l’Infocapi 21.

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